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mai
10
Maman les ptits bateaux
Catégorie "Cyclafrica" - 10-05-2011

La notion de temps est relative et nous avons tous déjà eu la sensation qu’il passe plus vite à certains moments qu’à d’autres.

Alors que ma vie n’est plus rythmée par les horaires et les weekends, chaque jour qui passe n’est pas estampillé d’une référence calendaire et autant te dire que je n’avais pas réalisé à quel point mon absence avait duré aussi longtemps. Une absence justifiée par le fait qu’il ne se passe rien de bien palpitant depuis quelques semaines et que par conséquent je n’éprouve pas le besoin de coucher sur le clavier mes journées de farniente.

La dernière fois qu’on s’est parlés, je t’expliquais que je passais du bon temps au bord d’une piscine pour récupérer physiquement de ma traversée du désert (au sens propre du terme). Après cinq jours de ce oisif régime, je quitte Saint-Louis, direction le Lac Rose à 200 km plus au sud. Il est ainsi nommé eu égard à la couleur de ses reflets, encore qu’ils me paraissent plutôt d’un marron/orange indéfinissable. Il faut croire que le rose est plus vendeur question marketing.

L’endroit est assez sauvage et pas très peuplé mais il accueille bon nombre de touristes en pleine saison.

Je plante ma tente près du terrain où vit Aminta, une femme hollandaise vivant au Sénégal depuis 25 ans. Elle possède quelques chevaux et organise des randonnées aux alentours. J’ai fait sa connaissance via le site internet Couchsurfing, un site très populaire qui met en relation voyageurs et « hébergeurs bénévoles ». C’est la garantie de rencontres chaleureuses et désintéressées financièrement. Une sérieuse concurrence aux maisons d’hôtes.

Cinq autres personnes d’origine espagnole, malienne et sénégalaise sont également accueillies dans ce campement dépourvu d’électricité et d’eau courante. Un véritable retour aux sources. Ce melting pot me retient six jours alors que j’ai initialement prévu d’en passer deux, tout au plus. Il me faut faire preuve de beaucoup de volonté pour m’extirper de ce paradis et reprendre ma route pour Dakar où je dois retrouver Gisèle (si tu n’as pas tout suivi, je te rappelle que Gisèle est la jeune femme sénégalaise dont j’ai fait la connaissance à Fés/Maroc).

La Capitale sénégalaise est comme je me l’imaginais : grande, tumultueuse et polluée. Un contraste saisissant avec le Lac Rose.

J’élis domicile au Cercle de Voile (CVD) où, moyennant la modique somme de 2000 CFA (3 euros) par jour, j’ai le droit de planter ma tente et de bénéficier des sanitaires/cuisine. Quelques tentatives de sortie pour visiter la ville m’ont confirmé que je n’aime pas Dakar et je passe donc le plus clair de mon temps dans le club qui ressemble à un village de résistants gaulois au milieu de l’empire romain. Je reste en compagnie de marins, à écouter leurs histoires de voyages. Leurs récits me donnent des idées pour un avenir lointain et … imminent, car sans plus attendre je saisis l’opportunité qui se présente à moi, en la personne de Luc, voyageant seul sur son voilier de 11 mètres et devant partir en Casamance prochainement, à 150 miles nautiques vers le sud.

Le temps de quelques semaines, Cyclafrica deviendra Voilafrica.

Je décide de laisser le vélo au CVD et j’achète un sac à dos qui me permettra de visiter plus aisément la Casamance dont certains recoins sont inaccessibles pour un cycliste.

La traversée est physiquement éprouvante. Nous naviguons 50 heures avant d’arriver au village de Dioga, à l’embouchure du fleuve, nous relayant pour barrer non-stop, vu qu’il n’y a pas de pilote automatique et que le régulateur d’allure est rendu trop imprécis par les imposantes vagues.

Luc reste à Dioga où il a été adopté par la population depuis 2004. Après 48 heures de repos, il est temps de nous séparer et j’attrape au vol un catamaran de 14 mètres pour rallier Ziguinchor, à 30 miles nautiques de là. Jean-Jacques (le capitaine), Muriel (sa femme) et Christian (le mousse) sont de jeunes retraités qui projettent de traverser l’Atlantique avant la saison des pluies (juillet/août) à bord de leur palace flottant.

A Ziguinchor je retrouve Olivier dont j’ai fait la connaissance au CVD. C’est depuis son voilier que j’écris ces lignes. Il m’héberge à son bord pour deux nuits puis je retrouverai le plancher des vaches.

Je m’accorde de deux à trois semaines pour sillonner la région puis retourner à Dakar, j’ignore encore par quel moyen. Il sera alors temps d’enfourcher ma fidèle monture et poursuivre le voyage plus en accord avec le cahier des charges de Cyclafrica.

Petit bémol cependant : la saison des pluies qui va bientôt pointer son museau et risquer de contrarier ma progression.

A bientôt …

Philippe

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